Je constate deux choses :

– Couper le contact avec L. alors qu’on bosse au même endroit était bien une idée de merde, même si sur le moment ça me paraissait indispensable.

– J’avais pris quelques kilos de gras hivernal, c’est bon, je les ai perdus.

C’est une impression diffuse.

J’en suis à un moment de ma vie ou je dois faire des choix.

Personnels et professionnels.

Pour ma santé mentale, pour mon bien-être. Parce qu’après toute une vie à intérioriser et encaisser tout et n’importe quoi je sens que je n’ai plus autant de force qu’auparavant.
Déjà au mois de janvier ce n’était pas folichon, le travail me filait des angoisses du matin au soir, puis est venu se greffer par dessus le  petit combo sentimental N./L. qui m’a fait revenir 3 ans en arrière (putain, 3 ans déjà ? J’aurai pas pensé, dites-donc). Formule gagnante.
Avant, j’aurai ravalé, compressé, fait disparaître et continué à avancer. J’ai aujourd’hui totalement perdu cette capacité.

J’ai besoin d’initier des changements.

J’ai même commencé, ou essayé, devrais-je dire, en décidant de couper le contact avec L.
Décision que je regrette déjà, car même si je sens que j’en ai un réel besoin en ce moment, je hais l’idée de lui faire de la peine. Il est le mec le plus droit que je connaisse, il mérite mieux qu’une décision aussi unilatérale que brutale.
Je vais lui écrire un mail pour m’expliquer, tiens (ou, “comment niquer ses bonnes résolutions de silence radio en 2 jours”).
(Accessoirement nous travaillons ensemble. Tant qu’à vivre des situations compliquées, hein).

J’ai parlé à N., aussi. La balle est dans son camp.

 

Mais donc. Mes choix.

J’ai un souci.

Je ne sais absolument pas par où commencer, ni comment, ni pour aller vers quoi.

Putain.

Et je n’ai pas trop apprécié. L’examen en lui-même est désagréable (quoique voir en rémanence les veines de son globe oculaire est une expérience intéressante), mais c’est surtout le fait de perdre temporairement une partie de la vision – à cause du collyre dilateur de pupille – qui m’a perturbée.

D’un côté, c’était intéressant, de sentir la luminosité ambiante augmenter, de sentir mon sens de l’équilibre se modifier et de ressembler à un hibou sous drogue. De l’autre, n’ayant jamais eu de trouble fort de la vision, le fait de ne plus pouvoir lire ou écrire quoi que ce soit à une distance moyenne ou courte m’a fait me sentir… vulnérable. Et je déteste ce sentiment.

Tout ça pour… rien, au final. Je n’ai rien de grave aux yeux. Ma macula et mon nerf optique sont superbes, à ce qu’il paraît, et mon champ visuel tout à fait normal.
Tant mieux parce que pour une graphiste, ce serait ballot de perdre ses outils de travail.

En rentrant ce soir, je suis tombée sur une scène assez spéciale dans la rue. Une jeune fille poursuivait un garçon en pleurant et hurlant. Pas très compliqué d’imaginer l’histoire, ça ressemblait fortement à un largage suivi d’une récupération d’affaires persos (le mec avait un gros sac avec lui). Ce qui m’a un peu interloquée, c’était l’état (mental) de la fille. Quand j’ai utilisé le verbe hurler plus haut, ce n’était pas une exagération. Deux rues plus loin, de ma fenêtre, je l’entendais encore. Ses suppliques étaient somme toute assez “standard”, de l’ordre du “pourquoi tu fais ça”, “et pourquoi tu me regardes comme ça sans rien dire” (p’têt parce que tu ressembles à une bombe à retardement, là tout de suite…), mais elle avait l’air d’avoir perdu pied, de ne pas se rendre compte qu’elle était en pyjama dans la rue, et passait de la supplication larmoyante au hurlement de possédée.

Ce n’est pas la première scène de couple que je vois. Jusqu’à maintenant c’était plutôt drôle, car ça impliquait plutôt de la morue décolorée qui tapait son Raoul à coup de sac à main sous un Abribus, ou cette autre qui était allée chercher son mec à 1h du matin jusque dans la voiture qu’il occupait avec sa jeune maîtresse. Cette scène-là je l’ai suivie de A à Z et avec délectation, en même temps je n’avais pas le choix, il était garé pile sous ma fenêtre. Ça s’était terminé façon Vaudeville, coups de parapluie sur le pare-brise et claque de la maîtresse à l’amant apparemment trop indécis.

Mais ce soir, ça m’a un peu troublée.

Peut-être parce qu’elle me paraissait jeune (la vingtaine fraîche et jolie), peut-être parce que je ne comprends pas comment on peut péter un plomb à ce point-là, peut-être parce j’avais autant envie de plaindre le mec qu’elle. Peut-être simplement parce que c’était une situation un peu tragique.

Puis j’ai entendu la sirène des flics. Puis plus rien.

– Parfois, un danseur pro, C., vient aux cours débutant pour réviser les bases. Ce mec est, comme on dit, gaulé comme un dieu. Je suis plus adepte des corps élancés et minces mais je ne peux m’empêcher de marquer un arrêt mental quand je le croise, on dirait une poupée mannequin avec ses abdos qui ressortent sous le t-shirt blanc. Je pense que la plupart des filles (et même les autres mâles) passent une bonne partie du cours à mater son arrière-train, qui moulé dans son collant gris, m’évoque deux globes lunaires.

– Aujourd’hui une des filles avait un physique de fantasme. Mince, grande, avec la taille marquée et une grosse poitrine. Naturelle. Tout en observant sa silhouette je me suis dit que ça devait être chiant pour trouver des fringues qui tombent bien, avec un petit cul et de gros seins. Et elle avait une visage de sainte.

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